Чуждоезиково обучение

2019/1, стр. 19 - 32

LA BULGARIE ET SON EUROPÉANISATION À TRAVERS LA LANGUE FRANÇAISE

Martin Henzelmann
E-mail: martin.henzelmann@uni-hamburg.de
Department of Languages Literature Media II
Faculty of Humanities
Institute of Slavic Studies
University of Hamburg
35 Überseering
D-22297 Hamburg Germany

Резюме: Авторът подчертава в статията значението на френския език като ключов елемент от различни култури през XIX и XX век. Това важи особено за развитието на българския език, култура и европеизация. Това проучване ще разгледа някои примери и ще илюстрира значението на френския език след обявяването на независимостта на България.

Ключови думи: Bulgarian language; French language; language contact; language transfer; Europeanisation

1. Le transfert linguistique en Bulgarie1)

Les langues en Europe entrent en contact les unes avec les autres pour des raisons diverses. Souvent, les enjeux historiques et géographiques jouent un rôle important dans ce contexte et expliquent des emprunts lexicaux, des tournures de phrase, la traduction littérale, des expressions idiomatiques, la translittération, la motivation de néologismes, etc. Si l’on examine de plus près cette problématique par apport à la langue française en Bulgarie, on verra que le transfert linguistique est relié au bouleversement causé par la libération nationale en 1877/1878. Cet événement constitue un moment-clé dans l’histoire bulgare, moment où les efforts portent sur la transformation du pays sur le modèle des pays européens. La volonté de changement s’explique par le désir de rupture suite à l’occupation ottomane cinq siècles durant. Après l’établissement d’un état indépendant, il fallait moderniser le pays dans le domaine de la culture, de la technologie, de l’éducation, de la littérature, de l’historiographie, et des communications internationales. Dès cette époque, le transfert linguistique entre la France et la Bulgarie est devenu un vecteur principal pour la consolidation de la langue bulgare moderne.

Pour évoquer cette question du transfert linguistique, il semble intéressant d’emprunter les propos du linguiste allemand Hugo Schuchardt qui, à la fin du XIXè siècle, avait avancé l’idée que l’existence d’une langue soit raisonnée par son interférence linguistique:

Die Übergangsgebiete zwischen den großen europäischen Sprachräumen waren ein politisches Standardthema des 19. Jahrhunderts. Sie dadurch zum Thema wissenschaftlicher Betrachtungen zu machen, daß die Kontakt- und Lehnbeziehungen, die Apologie des Ewig-Gemischten in den Vordergrund gesetzt wurden, war mehr als weitblickend (Hurch, 2009, 499).

Ainsi, Schuchardt explique-t-il comment l’influence externe nourrit l’échange linguistique. Cette idée devient fondamentale dans le contexte des recherches sur les contacts entre les langues en Europe et ailleurs. Concernant le bulgare, on peut distinguer plusieurs langues avec lesquelles cet idiome entre en contact au cours de son histoire :

a. Ce sont tout d’abord le grec ancien puis le grec moderne qui influencent le bulgare par des siècles de voisinage. Pendant l’occupation ottomane, l’église - organisée par les prêtres grecs – exerçait une influence fondamentale. En raison de l’importance de sa fonction comme langue du culte depuis l’époque byzantine, on constate qu’un grand nombre d’emprunts sont entrés dans la langue bulgare directement et indirectement parmi le latin. Selon Alexandre Ničev, cette forme de médiation linguistique s’explique par le fait que la population protobulgare et slave s’est installée dans les Balkans à une époque où le latin était en train de disparaître, c’est-à-dire après que le grec ait déjà longtemps influencé les langues européennes. Ce fait explique pourquoi, en bulgare, on atteste des emprunts directs au grec, dus au contact géographique des deux langues, ainsi que des emprunts indirects (ancien grec poíisis > latin poesis > polonais poezja > russe poizija > bulgare poezija « poésie » (Ničev, 1984: 410; pour la distribution des balkanismes grecs cf. Neweklowsky, 2012).

b. Le turc a laissé des traces importantes dans la langue bulgare, car la Bulgarie faisait partie de l’empire ottoman depuis cinq siècles. Comme c’est le cas pour les autres langues balkaniques, grec, albanais ou serbe, cette constellation géopolitique explique le partage d’un grand nombre d’emprunts lexicaux. Pour le bulgare, cela se réfère à des domaines assez divers, parmi lesquels l’alimentation (turc turşu > bulgare turšija « saumure ») ou les professions (turc kasap > bulgare kasap et kasapin « boucher »), mais aussi au niveau morphosyntaxique (la détermination des nomina agentis avec le suffixe -džija du turc-çi : turc gemiçi > bulgare gemidžija « marin » ; Krăsteva, 2003 : 61). Ce lexique plein d’orientalismes est plus vivant au niveau oral que dans les langues littéraires balkaniques (Dizdari, 2005; Norman, 2005: 91; Feuillet, 2012: 247 – 260; Iliev & Henzelmann, 2016: 24 – 25), et c’est aussi par le turc que beaucoup d’autres unités lexicales orientales de l’arabe ou du persan sont entrés dans le bulgare.

c. Si le turc et le grec sont des langues voisines du bulgare, cela n’est pas le cas du russe qui a en commun un grand nombre de structures morpho-syntactiques et lexicales (Andrieu, 2006: 47 – 48). Même si la Russie est géographiquement loin de la Bulgarie, sa langue joue un rôle important à l’époque moderne, en particulier après la guerre de Crimée (1853 – 1856). Cette relation se renforça avec le régime communiste après 1945 et reste, grosso modo, importante jusqu’à nos jours (Gutschmidt, 2002: 232; Gribble, 2013: 12). Le transfert lexical s’effectue particulièrement à l’écrit, parce que le russe présente la source principale pour les acteurs du mouvement de libération nationale. Ainsi, à cette époque les termes russes entrent-ils en grand nombre en bulgare littéraire, parmi eux des verbes (russe nabljudat’ > bulgare nabljudavam « observer »), des substantifs (russe doklad > bulgare doklad « rapport, présentation »), des adjectifs (russe sposobnyj > bulgare sposoben « capable ») et des adverbes (russe verojatno > bulgare verojatno « probablement »; Andrejčin, 1977: 126 – 131).

d. En ce qui concerne l’allemand, il influençait surtout les écrivains et les philosophes bulgares, mais aussi le vocabulaire commercial, technique ou scientifique (allemand Schalter > bulgare šalter « bouton », allemand Geschäft > bulgare gešeft « magasin » etc.). Les étymons allemands sont souvent importés à travers leur version russe (ancien haut allemand rīzen > allemand Riß / reißen > polonais rysunek > russe risunok > bulgare risunăk / risunka « dessin » etc.; Paraškevov, 2005). A la fin du XIXe siècle, l’Allemagne s’intéresse à l’histoire et à la langue bulgare, et dès 1883, les écoles germanophones ouvrent leurs portes dans ce pays balkanique. Cela se traduit d’abord par l’immigration de pédagogues allemands sous le règne du tsar Ferdinand Ier, prince de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha (élu prince de Bulgarie en 1887, tsar des Bulgares 1908-1918 ; Šalafov, 2010 : 15), mais aussi par le rôle de l’allemand comme langue véhiculaire en grande partie du continent européen oriental à l’époque. Pendant les deux grandes guerres mondiales, la Bulgarie et l’Allemagne seront d’ailleurs alliées, ce qui renforcera le contact institutionnel entre les deux pays.

e. Le français, enfin, exerce une influence très forte sur le bulgare. La littérature, le cinéma, le théâtre et la science constituent des domaines culturels importants dont témoignent les traces que cette langue romaine laisse aux Bulgares (Koneva, 2012: 98 et 104; Leschber, 2015: 175; Schaller, 2015: 16). Sur le plan politique aussi, bien sûr, il faut tenir compte de l’idée de démocratie au sens moderne du terme qui est issu de la Révolution française. De plus, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, le français jouait un rôle influent pour l’intelligentsia, et à l’époque de la libération nationale (văzroždenie), on voulait atteindre un niveau d’éducation proche de celui de l’Europe occidentale, aussi via le modèle français. Cela se traduisit souvent par l’apprentissage du français (Vessélinov, 2005: 10 – 11), et eut pour conséquence l’introduction dans les dictionnaires bulgares de mots d’origine française. Dans l’ordre alphabétique cyrillique, on trouve les exemples comme emploi > amploa, budget > bjudžet”, glisseur > glis’or”, gendarmerie > žandarmerija, genre > žanr”, merci > mersi, monseigneure > messir”, mode > moda, façon > fason”, chance > šans” etc. Hormis ces emprunts direct au français, il existe un grand nombre d’internationalismes qui sont venus s’intégrer selon le modèle français (anglais shampoo > français shampooing > bulgare šampoan ; parfois avec une modification sémantique : ombrelle > ombrel, avec la signification parapluie; signalons aussi les mots latins avec le suffixe -tion transformés en -cija : information > informacija etc.; Penov, 1910).

La documentation relative aux emprunts français la plus détaillée se trouve dans le dictionnaire de Dimităr Vessélinov et Anna Angelova en six tomes (Rečnik na frenskite dumi v bălgarskija ezik « Le dictionnaire des mots français en langue bulgare »). L’œuvre comprend six tomes et est le résultat de plus d’une dizaine d’ans de travail, documentant le trésor du vocabulaire hérité et emprunté au français, ainsi que le développement historique du transfert lexical. Ce dictionnaire comprend à peu près 5500 articles (Vessélinov & Angelova, 2015 – 2017).

2. Européanisation de la langue et de la culture en Bulgarie

Même si la Bulgarie se trouve sur le continent européen, elle ne partage pas le développement culturel de l’Europe centrale et occidentale. Ni la Renaissance italienne, ni la Réforme, ni le siècle des Lumières ne font partie de l’histoire culturelle du pays. Dans le contexte de l’indépendance, l’intelligentsia essaya de rattraper ces moment-clés. Les emprunts lexicaux s’expliquent ainsi par un besoin essentiel de modernisation de la langue nationale dès l’accès à l’indépendance. L’arrière-plan de cette transformation linguistique est composé de plusieurs niveaux socioculturels, que résume Wolfgang Höpken:

1. ,Europeanization‘ as a process of institutional adaptation in nineteenthand early twenty-centuries Bulgaria.

2. The procedure by which institutional adaption has influenced social practises, Bulgarian society‘s self-perception and Bulgarians perception of Europe (Höpken, 2010: 24).

Étant donnée le prestige du français, la langue de la diplomatie, cet idiome, qui n’est pas parlé sur place, enrichit la complexité linguistique avant même l’indépendance, et notamment dès la fin du XVIIe siècle. Nous ne disposons pas de dates précises ou de statistiques concrètes sur la pratique des locuteurs, mais on sait que plusieurs voyageurs, surtout les prêtres et les marchands, ont utilisé le français pour communiquer pendant leurs séjours à l’étranger (Vessélinov, 2003: 65-66). À cette époque, le français devient «langue d’éducation universelle, instrument de communication professionnel et représentateur de l’échange international au niveau culturel» (Vessélinov, 2003: 76). Pendant le XIXe siècle, la situation linguistique du bulgare est très complexe, ce qui s’explique par la grande diversité de langues locales. Cela produit une mosaïque extrêmement diverse: le multilinguisme est quotidien, par le fait de la population locale qui compte des locuteurs de langues différentes, et il y a aussi le turc comme langue officielle de l’Empire ottoman (Vessélinov, 2003 : 55 – 59). Puisque les Turcs commencent pendant cette période à moderniser leur état, l’éducation française devient un vecteur principal dans les enjeux politiques et éducatifs. Plusieurs congrégations catholiques s’installent dans l’empire du sultan pendant que des écoles bulgares offrent en partie l’enseignement en langue française. Dans ce contexte, les institutions à Istanbul deviennent des lieux influant quant au programme éducatif. Elles sont fréquentées notamment par les étudiants bulgares, tels que le célèbre écrivain, peintre et homme politique Konstantin Veličkov:

Les collèges des lazaristes, l’école de Galatasaray accueillent des élèves de toutes les nationalités musulmans, sujets du sultan, ainsi que des Levantins. […] En ce qui concerne les Bulgares qui ont fait leurs études à l’école de médecine et au lycée impé rial de Galatasaray, le directeur les considère comme ses “meilleurs élèves, dociles, laborieux, et les autres les moins bons, paresseux, indisciplinés et immoraux” (Zaïmova, 2007: 149 – 150).

Grâce aux congrégations catholiques qui font pratiquement de consulats, la France garde sa place diplomatique et son influence géopolitique dans la région méditerranéenne. Dans les années 1860 et 1870, plusieurs congrégations s’installent dans les villes balkaniques, parmi lesquelles les Augustins de l’Assomption à Plovdiv et Odrin (aujourd’hui Edirne en Turquie) et d’autres à Sofia, Varna, Bourgas etc. L’école de Plovdiv est surtout appréciée pour la qualité de son enseignement, ce qui est aussi reconnu par les Français:

Selon un diplomate français contemporain, le collège des augustins à Plovdiv, ouvert en 1863, donc “15 ans avant la délivrance de la Bulgarie”, était très renommé pour la formation des jeunes : “c’est parmi les anciens élèves que la jeune Bulgarie avait recruté ses premiers fonctionnaires” (Zaïmova, 2007: 150).

Dans cette époque, la connaissance et la distribution de la langue française sur le sol bulgarophone sont caractérisées par trois aspects. Premièrement, c’est à partir de ce moment que les Bulgares commencent à intensifier leurs efforts pour le développement du système scolaire. L’enseignement des langues étrangères joue un rôle important dans ce contexte, ce qui plaide aussi en faveur du français. Deuxièmement, le développement des écoles grecques dans les métropoles et l’établissement des écoles catholiques françaises et européennes renforcent l’apprentissage des langues étrangères. L’introduction du français comme matière obligatoire dans tous les centres éducatifs de l’Empire ottoman renforce la position de cet idiome. C’est surtout la combinaison de ces trois aspects qui favorise l’élargissement de l’infrastructure scolaire et la diffusion du français parmi les Bulgares (Vessélinov, 2003: 225).

En 1878, la Bulgarie soutenue par les Russes gagne son indépendance suite à la guerre de libération contre les ottomans. Par la suite, les Bulgares jouissent de nombreux avantages internes et externes en faveur de l’européanisation de leur société et leur langue. Au plan national, la nécessité de rompre avec l’héritage turc et avec, par conséquent, les turcismes a entraîné leur substitution par des emprunts à des langues européennes. La politique linguistique de cette époque se caractérise par un certain purisme, déterminé par l’idée de « transférer et remplacer ». Cette forme de purisme reste, cela dit, relativement modeste par rapport aux autres langues slaves (surtout le croate et le tchèque) et s’exerce notamment sur les emprunts au turc. L’interruption des relations avec les Turcs implique que la communication et la diplomatie avec la France s’effectuent alors directement entre Sofia et Paris. Dans ce contexte, deux institutions culturelles s’installent au début du XXe siècle:

[…] l’Alliance française, qui ouvre ses portes en 1904 à Sofia et après, dans une dizaine de villes de province, et l’Institut français ouvert en 1923 à Sofia […], sont subventionnées et dirigées, de pair avec les congrégations catholiques, par le service spécial des Affaires étrangères de France, appelé Les Œuvres. Constitué pendant les années 80 du XIXe siècle, ce service a pour objectif la propagation de la langue et de la culture françaises à l’étranger (Zaïmova, 2007: 150).

L’objectif des ces organisations était également de promouvoir la langue française pour souligner son statut dans la communication diplomatique au niveau international (Zaïmova, 2007 : 150). Par ailleurs, il ne faut pas oublier les facteurs externes qui contribuent à l’accélération de la modernisation du pays. Au seuil du nouveau siècle, l’image retardée des Balkans en termes culturels est très vive en Europe de l’Ouest. L’Europe, c’est la chrétienté, le siècle des Lumières, les bouleversements, après la Révolution au niveau social et politique (Roth, 2007: 8), et plus tard la laïcité en France. L’Europe, c’est-à-dire l’Europe centrale et occidentale, était synonyme de progrès, et cela explique les motivations visant l’européanisation culturelle du sud-est du continent (en allemand « Selbstverständnis ,Europas‘ als Speerspitze des Fortschritts und der Modernität»; Roth, 2007: 8). Ainsi, le phénomène d’européanisation (bulgare evropeizacija, grec evropaismos) était très présent en Europe du sud-est, même si Klaus Roth explique que l’adaptation de la mentalité européenne occidentale ne fonctionnait que superficiellement. Pour cette raison, les pays balkaniques n’ont jamais eu le sentiment de faire partie de l’Europe (Roth, 2007: 9). Néanmoins, le transfert culturel et linguistique montre l’effort de la Bulgarie pour ouvrir le chemin en vue de l’adoption de l’esprit européen après la domination ottomane. À mon avis, Roth décrit une situation qui s’explique par la complexité géopolitique des Balkans à la fin du XIXe siècle: Même si les Bulgares sont en majorité des chrétiens orthodoxes, dans l’état indépendant il y existe, ce que ne connaissent pas les pays occidentaux, une grande communauté musulmane. L’histoire a souvent montré que la coexistence des religions n’est pas chose facile, et ce n’est pas tant la période ottomane que la langue turque qui est stigmatisée car la première fait partie de l’histoire du pays2). Dans la langue littéraire, il existe un mot d’origine slave là où la langue parlée utilise souvent un turcisme (langue littéraire săsed, langue populaire komšija « voisin »). Pour abandonner les turcismes dans certains domaines (surtout administratifs), on emprunte du vocabulaire au russe. Les buts de ces changements étaient évidents : Tout d’abord, il fallait moderniser le pays, et faire de la Bulgarie un pays européen, ouverte au progrès social. L’enrichissement de la culture passait par l’abandon des éléments ottomans. Ainsi, on pourrait rattraper la Renaissance européenne (le réveil des Nations) en termes culturels, intellectuels, littéraires, religieux, économiques, sociaux et linguistiques. L’ouvrage du diplomate et historien Simeon Radev intitulée Stroitelite na săvremennata Bălgarija (« Les constructeurs de la Bulgarie moderne », 1910 – 1911) en dit long sur ce point. Son ouvrage, qui reste fondamental pour l’éducation scolaire jusqu’à nos jours, donne des éléments de l’histoire récente du pays et analyse la complexité des événements survenus après l’indépendance nationale et les perspectives envisagées pour construire son avenir. Fort de son expérience en diplomatie, Radev avait une connaissance solide de la langue française dans laquelle il a également publié « La Macédoine et la renaissance bulgare au XIXe siècle », en 1918 ou encore, un an plus tard « La question bulgare et les Etats balkaniques », en 1919).

Les cartes postales constituent un autre indicateur intéressant pour montrer les changements qui opèrent dans de la Bulgarie indépendante. Sebastian Kempgen montre qu’elles servent comme témoignage unique de la circulation des langues étrangères (Kempgen, 2009): Les premières cartes postales datent de la période post-ottomane et la légende descriptive de la photographie présentée sur la carte est en bulgare mais aussi en allemand ou en français. Rien de cela pour le turc, le grec, le russe ou même l’anglais. Il faut rappeler que la langue officielle de l’Union postale universelle et de la diplomatie et politique internationale était alors le français qui occupait ainsi une position particulière parmi les langues dans le monde. Par ailleurs, en 1879, la fondation de la Banque Nationale de la Bulgarie (Bălgarska narodna banka, BNB ; Catalogue 2014, 6) renforce la présence de la langue française en public. Après les premiers billets imprimés en Russie et en Grande Bretagne, certains billets du Royaume de Bulgarie (1908 – 1946) sont émis en français. Dans le catalogue de la banque nationale de 1922, les billets de cinq, dix, vingt, cinquante, cent, cinq cent et mille Leva portent au verso l’inscription « Banque nationale de Bulgarie » (Catalogue, 2014: 49 – 55)3). Ainsi les cartes postales comme les billets de banque montrent comment l’européanisation se met en place. Cette européanisation est en quelque sorte une contre-proposition culturelle. Ne pas moderniser le pays où l’influence ottomane est partout présente et constituerait une régression. Après l’industrialisation4) et l’urbanisation qui provoquent un changement complet de la structure des villes en Bulgarie, l’imitation de l‘Europe occidentale suite à la libération nationale provoque un changement de « paradigme culturel » (Roth, 2007: 11) inéluctable pour installer une « nouvelle culture » qui prépare en arrière-plan le transfert linguistique objet de cet article.

Dès la Première Guerre mondiale, l’on observe un élargissement des contacts culturels et linguistiques entre la France et la Bulgarie, même si l’expérience de la politique étrangère avec les Français n’est pas des meilleures. J’en veux pour preuve le Traité de Neuilly (surnommé la seconde catastrophe nationale après les guerres balkaniques de 1912/1913) dont les conséquences sont fatales pour la Bulgarie qui perd une grande partie de son territoire national. Néanmoins, au plan artistique, il faut mentionner l’expressionnisme qui influence les peintres bulgares ; mentionner aussi la renaissance du théâtre bulgare qui est aussi remarquable et qui est due au fait que Paris est devenu un centre important pour les exilés bulgares dès le seuil du siècle (parmi eux les peintres Jules Pascin et George Papazov). En même temps, la culture bourgeoise devient de plus en plus importante en Bulgarie, et les artistes vont surtout en France et en Allemagne pour parfaire leur formation. C’est ainsi le cas de Nikola Kožucharov, étudiant de l’Académie des Beaux-Arts, titulaire de la médaille d’or dans une exposition à Paris en 1937 (Grănčarov et al., 2012: 677 & 680)5).

Evoquons à présent un autre moment-clé dans les relations culturelles dans les relations franco-bulgare de l’après Première Guerre mondiale. Jusqu’alors l’Autriche-Hongrie fournissait gérait, pour l’Église catholique, les principales structures éducatives catholique dans l’aire balkanique. Or, « les écoles catholiques en Bulgarie demeurent exclusivement françaises » écrit Zaïmova (2007: 151), qui a étudié les relations franco-bulgares jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle explique que la convention culturelle franco-bulgare de 1936 précisait et légalisait les activités françaises et catholiques en Bulgarie, ce qui a permis une collaboration étroite. Les examens de maturité étaient présidés par le ministre de France à Sofia et les diplômes étaient reconnus par un grand nombre de pays, par conséquent, ils donnaient accès aux universités de l’Europe. De plus, Zaïmova illustre le cas des intellectuels de Sofia, parmi eux des professeurs d’université, des écrivains et des peintres, tels que Bogdan Filov (archéologue6), Nikola Mavrodinov (historien de l’art et archéologue), Petko Stajnov (juriste), Elissavéta Bagriana, Anna Kamenova, Nikolaj Liliev, Fany Popova-Moutafova ou d’autres. Elle fait remarquer également que le grand public était fasciné par l’histoire littéraire et la civilisation françaises, et même pendant la deuxième guerre mondiale pendant laquelle, les livres et les revues étaient accessibles en Bulgarie grâce au fait qu’ils entraient par la Turquie en évitant les zones occupées. A cette période, les intellectuels bulgares pouvaient s’abonner aux périodiques français. A cette période, il y aurait eu plus de 5.000 élèves dans les écoles françaises en Bulgarie et de 16.500 livres et périodiques circulants à Sofia (Zaïmova, 2007).

3. Conclusion

Les contacts culturels étant très importants dès l’indépendance de la Bulgarie, la langue française s’avère être un vecteur central pour le rapprochement du pays de l’Europe de l’ouest. Cette constellation nous permet de formuler les thèses suivantes :

– On vient de voir que la volonté de modernisation de la Bulgarie post-ottomane selon le modèle européen s’est appuyée sur une infrastructure éducative proposée par le système scolaire des écoles étrangères qui va être adopté. La culture française est donc un élément clé, et il apparaît que l’’alliance politique entre la Bulgarie et l’Allemagne n’a pas été une entrave à l’apport français, au contraire. Le français n’a pas été le seul, l’allemande et le russe ont également été vus comme propices à une éducation élevée de la population bulgare. Ainsi, ces trois langues deviennent des instruments fondamentaux favorisant l’intégration européenne, jouant notamment en faveur de la réception de la littérature et de la philosophie et plus globalement, au plan géopolitique (Endler, 2014: 22 – 25 & 39; Schaller, 2015).

– Dès l’indépendance de l’état bulgare jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, le français garde une position dominante et particulière comme langue internationale de la politique et de la diplomatie, même si l’anglais devient très important après la première guerre mondiale. Dans une telle situation, la Bulgarie n’avait pas d’autre choix que de s’ouvrir à la francophonie afin de se rapprocher de l’Ouest dans ses visées de modernisation.

– Etant donné que la langue, la littérature et la culture françaises sont accueillies dès l’indépendance nationale, les Bulgares sont parvenus à surmonter une certaine distance qui les séparaient de l’Europe de l’ouest, même si, en termes pratiques, le succès reste modeste (Roth, 2007: 8 – 11). Néanmoins, la position du français comme langue mondiale permet de voir les premiers signes d’un rapprochement des cultures et c’est cette langue qui joue un rôle-clé pour la transmission du mode de vie occidental en Bulgarie.

– Cela ne passe pas sans d’âpres discussions et les options offertes par le mode de vie à la manière française, allemande ou russe sont vivement discutées dans les cercles intellectuels en Bulgarie, par exemple dans le cercle Misăl («La pensée ) Ces trois pays fonctionnent comme un modèle pour l’européanisation.

– La position dominante du français à côté de l’allemand et du russe est assez unique, d’autant qu’après la libération nationale, la France n’est pas un partenaire géopolitique ou historique à la différence de la Russie ou de l’Allemagne. La Russie, libérateur du joug ottoman et nation frère slave, et l’Allemagne, l’allié le plus important et berceau culturel de la famille du tsar, se trouvent dans ce contexte dans une opposition axiologique vis-à-vis la France.

– A l’époque contemporaine, celle de l’après deuxième guerre mondiale, la rupture politique qu’instaure le régime communiste cause le recul de la présence du français. Idéologiquement parlant, il était plus facile de couper les contacts historiques avec l’Ouest et donc avec la France qu’avec la R.D.A. germanophone, et que dire du russe qui entre de plain pieds dans le paysage linguistique.

– L’année 1989 ouvre l’ère d’une nouvelle consolidation de l’Europe suite à la “chute du mur” de Berlin qui a pour conséquence l’entrée de la Bulgarie dans l’UE. C’est aujourd’hui l’anglais qui tient une fonction comparable à celle que le français a occupé fin XIXe – début XXe. La différence remarquable consiste dans le fait que le français était reconnu et parlé parmi l’intelligentsia bulgare et par les élèves des collèges et lycées francophones ; en plus, il était utilisé comme langue de politique internationale. Aujourd’hui, l’anglais est une matière obligatoire dans presque toutes les écoles bulgares, et par ailleurs, l’Internet, médium facilement accessible, contribue au développement de l’anglais comme langue dominante internationale. De nos jours, nul ne peut contester les avantages pratiques de la connaissance de l’anglais (communication internationale, tourisme, quantité d’informations, diffusion etc.).

– Cela dit, dans certains domaines, le français reste une langue privilégiée à caractère exemplaire, par exemple dans les arts, le littérature ou la mode. Contrairement à l’époque de la consolidation de l’état moderne bulgare, cet idiome ne possède plus une fonction primordiale et obligatoire dans le système éducatif, mais plutôt un statut secondaire et facultatif, après l’anglais, le russe ou l’allemand. Tout secondaire qu’il est, ce statut reste symboliquement important dans la mesure où il s’applique au domaine culturel et artistique.

– L’européanisation de la Bulgarie prend fin avec l’entrée du pays dans l’Union Européenne, même si celle-ci ne n’est pas encore opérationnelle dans l’économie. Du point de vue formel, la Bulgarie fait partie de l’Europe unie et partage ses valeurs. Il est intéressant de rappeler qu’au début, l’européanisation signifiait une orientation multilatérale et souvent polyglotte (comme l’envisageaient et le manifestaient les membres du cercle Misăl). En fait d’européanisation stricto sensu, il y a, de nos jours des tendances sociales et économiques qui prévalent vers une globalisation exclusivement anglophone.

– Dans ce contexte global, la Bulgarie avec sa tradition multiculturelle et multilingue profite de plusieurs options à la fois. Cela s’exprime par l’Organisation internationale de la Francophonie dont le pays est membre officiel.

NOTES

1. Il s’agit de la version modifiée de mon article allemand «Henzelmann, M. 2018. Die Rolle der französischen Sprache bei der Europäisierung Bulgariens. – Mayer, C. O. & Henzelmann, M. (éd.): Frankreich-Bulgarien: Innereuropäischer Kulturtransfer. Schriften zur Kulturgeschichte, 51. Hamburg: Kovač, 153 – 168». Mes remerciements les plus sincères à Dr. Marie-Barabara Le Gonidec (Université Paris Ouest) pour la correction de mon texte.

2. Même si l’usage publique du turc est interdit en 1989 (Gutschmidt, 2002 : 219). Pour le destin de la population turque entre les deux guerres voir Grănčarov, 2012.

3. Dès la prise du pouvoir des communistes, la présence du français sur les notes banquières n’est plus attestée.

4. L’industrialisation commence, quand même, déjà pendant la présence des Ottomans. Ainsi, la Compagnie des Chemins de Fer Orientaux reliait Istanbul avec Vienne ou Budapest, en traversant par toute la Bulgarie.

5. Malheureusement, l’ouvrage de Grănčarov et al. ne mentionne pas de quelle exposition il s’agit.

6. Premier ministre de 1940 à 1943, qui, malgré sa germanophilie, a toujours refusé d’engager les troupes bulgares en guerre.

RÉFÉRENCES / BIBLIOGRAPHIQUES

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Annexe

Lieux d’enseignement du français sur le sol balkanique et bulgarophone pendant la renaissance bulgare (Vessélinov, 2003: 230).

2025 година
Книжка 6
УПОТРЕБИ НА АОРИСТА ВМЕСТО ИМПЕРФЕКТА В СЪВРЕМЕННИЯ БЪЛГАРСКИ ЕЗИК В ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЧЕН АСПЕКТ

Красимира Алексова, Ласка Ласкова, Данка Апостолова, Яна Сивилова, Михаела Москова

Книжка 5
МОПАСАН КАТО ПРЕДМОДЕРНИСТ?

Светла Черпокова

Книжка 4
СИНКРЕТИЗЪМ И МОДАЛНОСТ

Мариана Георгиева

„IMPATIENT WOMEN“ OR THE FUTURE OF THE VALUES / VALUES OF THE FUTURE

Magdalena Kostova-Panayotova, Madeleine Danova

В ИРОНИЧНОТО „ЦАРСТВО“ НА МУЗИЛ

Соня Александрова-Колева

Книжка 3
ЗА УПОТРЕБАТА НА ПАСИВНИ ФОРМИ В ПОЛИТИЧЕСКАТА РЕЧ

Борислав Петров, Биляна Михайлова

ТЕРМИНОЛОГИЯТА В ПЛУВАНЕТО

Биляна Рангелова

ПРЕВОДИТЕ НА Д-Р ЛОНГ НА ХУДОЖЕСТВЕНА ЛИТЕРАТУРА

Мария Пилева, Елена Крейчова, Надежда Сталянова

Книжка 2
ВЪЛШЕБСТВО И ИНТЕРПРЕТАЦИЯ

Соня Александрова

Книжка 1
ЗАМЯНАТА НА ИМПЕРФЕКТНОТО ОТ АОРИСТНОТО ПРИЧАСТИЕ В СЪВРЕМЕННИЯ БЪЛГАРСКИ ЕЗИК В ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЧЕН АСПЕКТ

Красимира Алексова, Ласка Ласкова, Данка Апостолова, Яна Сивилова, Михаела Москова

ГЕЙМИФИКАЦИЯТА И УСВОЯВАНЕТО НА ЧУЖД ЕЗИК

Гергана Фъркова, Гергана Боянова, Ани Колева, Зорница Лъчезарова, Венче Младенова

НОВАЯ МОНОГРАФИЯ ПО РУССКОМУ ЯЗЫКОЗНАНИЮ

Михаил Викторович Первушин

2024 година
Книжка 6
ПРОСТРАНСТВЕНИТЕ ИЗМЕРЕНИЯ НА ИЗМЕНЕНИЕТО НА КЛИМАТА И ГЛОБАЛНОТО ЕЗИКОВО РАЗНООБРАЗИЕ

Климент Найденов, Методи Иванов, Антонина Атанасова, Димитър Атанасов, Александър Пейчев

СИРМА ДАНОВА (12.11.1984 – 22.10.2023)

Владимир Сабоурин

СИЛАТА НА ПОСТИСТИНАТА

Владимир Градев

Книжка 5
В ПАМЕТ НА АЛЕКСАНДЪР ИВАНОВ (1953 – 2023)

Надежда Делева, Димитър Веселинов

Книжка 4
A NOTE ON THE LANGUAGE COMPONENTS OF APHASIA

Kostadin Chompalov, Dobrinka Georgieva

ПАМЯТИ ЮРИЯ ДЕРЕНИКОВИЧА АПРЕСЯНА (1930 – 2024)

Димитър Веселинов, Надя Делева

Книжка 3
Книжка 2
Книжка 1
РЕПЕРТОРИУМ НА СРЕДНОВЕКОВНИ ЮЖНОСЛАВЯНСКИ РЪКОПИСИ И КОПИСТИ В НАУЧНОИЗСЛЕДОВАТЕЛСКИ КОНТЕКСТ

Детелин Лучев, Максим Гойнов, Десислава Панева-Маринова, Радослав Павлов, Константин Рангочев

ПРОФ. Д-Р БОГДАН МИРЧЕВ НА 80 ГОДИНИ

Ренета Килева-Стаменова, Ева Пацовска-Иванова

КРЪГОВРАТ НА ИЗКУСТВАТА

Ирена Кръстева

2023 година
Книжка 6
ГРАМАТИКА И КОГНИЦИЯ

Мариана Георгиева

БЪЛГАРИСТИКАТА В САМАРА

Димитър Веселинов

Книжка 5
Книжка 4
IMPACT OF INTERNET RESOURCES USED BY KAZAKHSTAN AND KYRGYZSTAN UNIVERSITY STUDENTS FOR ENGLISH LEARNING

Sagimbayeva Jannat Elemesovna, 1;, Tazhitova Gulzhakhan Zarubaevna, 1;, Mukhtarkhanova Ainagul Madievna, 1;, Duvanaeva Karachach Toktomamotovna, 2;, Kurmanayeva Dina Kassimbekovna

Книжка 3
НИЕ СМЕ ТЕЗИ, КОИТО СМЕ

Милена Кирова

Книжка 2
SECOND LANGUAGE ACQUISITION AND SOME OF ITS ASPECTS

Nadezhda Stalyanova, Elena Krejcova

LES MOTS POUR RIRE

Bilyana Mihaylova

BASIC REQUIREMENTS FOR CHARACTERISTICS OF THE KOREAN LANGUAGE E-TEXTBOOK

Lyudmila A. Voronina, Sergey A. Letun, Evgenia Rozenfeld

Книжка 1
2022 година
Книжка 6
SOCIOLINGUISTIC CREDO OF A FOREIGN LANGUAGE TEACHER: THE CASE OF DIGITAL CLASSROOM

Ekaterina A. Savkina, Elena G. Tareva, Dimitrina Lesnevskaya

Книжка 5
Книжка 4
„АНДРЕ МАЛРО – ПИСАТЕЛ И БОРБЕН ИНТЕЛЕКТУАЛЕЦ“ – ПРАЗНИК НА ДУХА

Соня Александрова-Колева, Мая Тименова-Коен

Книжка 3
РАЗРАБОТКА ОПРОСНИКА ДЛЯ ИЗУЧЕНИИ ЯЗЫКОВЫХ БИОГРАФИЙ НОСИТЕЛЕЙ УНАСЛЕДОВАННОГО ЯЗЫКА

Леонид Московкин, Бернгард Бремер, Татьяна Курбангулова, Татьяна Лыпкань

Книжка 2
АКТУАЛЬНЫЕ ТЕМЫ ИССЛЕДОВАНИЙ В СОПОСТАВИТЕЛЬНОЙ ФИЛОЛОГИИ В СОВРЕМЕННОМ КАЗАХСТАНЕ

Молдир Алшынбаева, Дарина Аманбекова, Мерей Балабекова

Книжка 1
КЪМ НОВИ ПРЕДИЗВИКАТЕЛСТВА

Човешкият фактор е в основата на обучител- ния процес. Това показват изминалите в пан- демична среда няколко години. Информацион- но-комуникационните технологии се оказаха в центъра на образователните промени и влязоха в ролята на панацея за решаване на кризисните моменти във всички аспекти на обучението. Но не можаха да изпълнят ролята на пълноценна алтернатива на „живите“ срещи в учебната ау- дитория. Вълната от оптимизъм и очаквания вече премина своя пик сред преподавате

РЕЧЕВОЕ РАЗВИТИЕ ПОДРОСТКОВ 10 – 12 ЛЕТ И ИСПОЛЬЗОВАНИЕ ЭЛЕКТРОННЫХ УСТРОЙСТВ

Безруких, Марьяна Михайловна, Логинова, Екатерина Сергеевна, Теребова, Надежда Николаевна, Усцова, Александра Григорьевна, Макарова, Людмила Викторовна

КУЛЬТУРНАЯ ПАМЯТЬ И ПРЕЦЕДЕНТНЫЕ ФЕНОМЕНЫ

Валерий Ефремов, Валентина Черняк, Надя Чернева

2021 година
Книжка 6
КАКВО Е КУРОРТ?

Иля Златанов

ДЕКОНСТРУИРУЯ ФЕЙКИ

Татьяна Цвигун, Алексей Черняков

Книжка 5
ОВАКАНТЯВАНЕТО НА КАНОНА

Цветан Ракьовски

ПРАВО, ПРАВОПИС И ПРАВОГОВОР

Маргарита Гергинова

Книжка 4
Книжка 3
LA DIDACTIQUE DU FLE À LA CROISÉE DES SCIENCES COGNITIVES ET DISCURSIVES

Elena G. Tareva, Elena Porshneva, Indira Abdulmianova

Книжка 2
ЕЗИК, ВЛАСТ, МЕДИЯ

Мариана Георгиева

Книжка 1
ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЧНИ АСПЕКТИ НА ПРИСЪСТВЕНОТО ОБУЧЕНИЕ В ЕЛЕКТРОННА СРЕДА

Предизвикателствата пред съвременната лингводидактология през новата 2021 г. без съм- нение са свързани с необичайната обстановка, в която се озова световната образователна система под въздействието на неочакваната епидемична ситуация. Пандемичната вълна предизвика по- врат в хода на естественото развитие на лингво- дидактологичните изследвания. Информацион- но-комуникационните технологии се оказаха в центъра на образователните промени и логично се превърнаха в търсената панац

2020 година
Книжка 6
Книжка 5
ЮРИЙ ЛОТМАН КАК ОБЪЕКТ И МЕТАЯЗЫК

Татьяна Цвигун, Алексей Черняков

К ВОПРОСУ О ПРИЗНАКАХ КВАЗИСИМВОЛА

Григорий Токарев, Надя Чернева

Книжка 4
ЦИФРОВЫЕ СРЕДСТВА В ОБУЧЕНИИ ИНОСТРАННЫМ ЯЗЫКАМ: ОТБОР И ТИПОЛОГИЗАЦИЯ

Бартош Дана, Гальскова Наталья, Харламова Мария, Стоянова Елена

Книжка 3
СИНТАКСИС НА МЕТАЕЗИКА

Мариана Георгиева

BURNOUT LEVELS OF ENGLISH LANGUAGE TEACHERS

Suzan Kavanoz, Yasemin Kırkgöz

КЪМ ИСТОРИЯТА НА ПРЕДЛОГА ОСВЕН

Марияна Цибранска-Костова

Книжка 2
A SEMANTIC DESCRIPTION OF THE COMBINABILITY BETWEEN VERBS AND NOUNS (ON MATERIAL FROM BULGARIAN AND ENGLISH)

Svetlozara Leseva, Ivelina Stoyanova, Maria Todorova, Hristina Kukova

В ПАМЕТ НА ДОЦ. Д-Р ЙОРДАНКА СИМЕОНОВА 28.08.1946 – 25.07.2018

Павлинка Стефанова, Димитър Веселинов

Книжка 1
НОВИ ПРЕДИЗВИКАТЕЛСТВА ПРЕД СЪВРЕМЕННАТА ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЯ

Третото десетилетие на ХХІ век поставя пред лингводидактологията нови предизвикателства. Утвърденото във времето историко-теоретико- практическо разглеждане на тази наука като из- следователско направление, обединяващо всички аспекти на езиковото образование, продължава да поставя във фокус проблема с оптимизиране на акционалността в условията на глобализира- щия се свят. Интерактивността между участни- ците в образователния процес по чужд език из- исква ново преосмисляне на ролит

СИНТАКТИЧНО ОТНОШЕНИЕ

Мариана Георгиева

АКАДЕМИК ЮРИЙ ДЕРЕНИКОВИЧ АПРЕСЯН НА 90 ГОДИНИ

Димитър Веселинов, Надя Делева

2019 година
Книжка 6
TOWARDS CONCEPTUAL FRAMES

Svetla Koeva, Tsvetana Dimitrova, Valentina Stefanova, Dimitar Hristov

Книжка 5
Книжка 4
ПЕДАГОГИЧЕСКАЯ ИННОВАТИКА В ДЕЙСТВИИ

Галина Шамонина, Леонид Московкин

Книжка 3
НАУЧНОЕ НАСЛЕДИЕ ЗОЛОТОГО ВЕКА ИСЛАМА

Сулейменов И.Э., Молдажанова А.А., Копишев Э.Е., Егембердиева З.М., Ниязова Г.Б.

Книжка 2
КОГНИЦИЯ И ПУНКТУАЦИЯ

Мариана Георгиева

КРЪГЛА МАСА „ЕЗИК И ПРЕВОД“

Маргарита Гергинова

Книжка 1
ИЗСЛЕДОВАТЕЛСКИ АСПЕКТИ НА СЪВРЕМЕННАТА ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЯ

Списанието „Чуждоезиково обучение“ е един епистемолого-културологичен монумент на лингводидактологията, която постоянно търси и обновява своя изследователски профил, за да го подложи на опита на времето, преди да се пре- върне в класика. Списанието е барометър на бъл- гарската методическа наука, фиксиращ нейните творчески търсения през годините, проектиращ нови визии и поставящ теоретико-практически ориентири. Текстовете на публикуваните ста- тии са елементи от историята

2018 година
Книжка 6
Книжка 5
PUBLIC AWARENESS OF DYSLEXIA IN BALKAN COUNTRIES

Mirela Duranović, Dobrinka Georgieva, Mirjana Lenček, Tatjana Novović, Muljaim Kačka

Книжка 4
СЕМАНТИЧНИ РЕЛАЦИИ В РАМКИТЕ НА МНОГОКРАТНАTA ХИПЕРОНИМИЯ В УЪРДНЕТ

Светла Коева, Валентина Стефанова, Димитър Христов

МИФЫ О РУССКОМ ЯЗЫКЕ: ON-LINE

Валерий Ефремов

Книжка 3
БЪЛГАРСКИЯТ „MAÎTRE DE LANGUES“

Димитър Веселинов

ДОЦ. Д-РУ ИЛИАНЕ ВЛАДОВОЙ 80 ЛЕТ

Валентина Аврамова

Книжка 2
THE FEAR TO TALK

Adriana Sotirova

Книжка 1
ПРОБЛЕМИТЕ НА ЛИНГВОДИДАКТОЛОГИЯТА В ПРОСТРАНСТВЕНО-ВРЕМЕВАТА СИТУАЦИЯ НА ХХI ВЕК

Ако речникът е цялата Вселена, подредена по азбучен ред, то научното списание е хронология на науката, фиксирана в статии и съобщения, които с момента на своето отпечатване се превръщат в ав- тентични свидетелства за пътищата на познанието, трасирани от ревностни изследователи на непреход- ните теоретични истини в преходността на човешкия живот. Появяват се автори новатори, които маркират творческия подем на времето, и автори пазители на познанието, съграждано в продълж

ВСИЧКО ДА СТАВА ЗА ПОУКА

Радияна Дринова

2017 година
Книжка 6
LES RÔLES DES MOTS-CLEFS

Anélia Brambarova

НОВО ЗАВРЪЩАНЕ КЪМ МО

Бойка Илиева

Книжка 5
И НЕКА Д УМИТЕ ГОВОРЯТ. . . (Портрет на един бележит учен)

Димитър Веселинов, Екатерина Софрониева

Книжка 4
ЖИВОТЪТ НА КНИГАТА

Анна Ангелова

ИГРОВЫЕ ФОРМЫ ПОПУЛЯРИЗАЦИИ РУССКОГО ЯЗЫКА

Валерий Ефремов, Елена Петренко

ПОЕМ ПО-РУССКИ

Денис Букин

Книжка 3
Книжка 2
Книжка 1
НОВИ ОБРАЗОВАТЕЛНИ ХОРИЗОНТИ

Димитър Веселинов, Главен редактор

2016 година
Книжка 6
ДИАЛОГ НА КУЛТУРИТЕ

Анна Ангелова

СВЕТЪТ КАТО СЛОВО

Магдалена Костова-Панайотова, Любка Ненова

НЕЩАТА ОТВЪТРЕ

Анелия Бръмбарова

Книжка 5
Книжка 4
Книжка 3
РУССКИЙ ЯЗЫК СОВРЕМЕННОЙ РОССИИ

Вербицкая Людмила Алексеевна

Книжка 2
СТЕФАНА ДИМИТРОВА

Донка Мангачева

ТАТЯНА МИХАЙЛОВНА НИКОЛАЕВА

Стефана Димитрова

Книжка 1
УВАЖАЕМИ КОЛЕГИ

Димитър Веселинов

ЗАБАВЛЕНИЯ ПО ФРЕНСКИ

Цвета Тодорова

DE VITA BEATA НА ПРЕВОДАЧА

Владимир Сабоурин

2015 година
Книжка 6
SCIENCES ET GUERRE, SCIENCES EN GUERRE

Ioan Panzaru, Florin Turcanu, Simona Necula

Книжка 5
СБОРНИК В ЧЕСТ НА ПРОФ. МАРИЯ КИТОВА

Магдалена Караджункова

Книжка 4
ДО УЧАСТНИЦИТЕ В VII МЕЖДУНАРОДНА КВАЛИФИКАЦИОННА ШКОЛА ВАРНА, 2015

«Ñîâðåìåííûå ïåäàãîãè÷åñêèå òåõíîëîãèè »

МОСКОВКИН ЛЕОНИД ВИКТОРОВИЧ

доктор педагогических наук, профессор кафедры русского языка как иностранного и методики его преподавания

ПОЧЕКАНСКА-НИКОЛЧОВА СТОЯНКА ГЕОРГИЕВА

Мастер-класс «Обучение РКИ в контексте исторической памяти и на-, циональной идентичности (на материале русской литературы)»

БУКИН ДЕНИС ЮРЬЕВИЧ

Сфера научных интересов

Книжка 3
ЗА ДУМАТА ЦИВИЛИЗАЦИЯ

Мария Костова

Книжка 2
ФРАНКОФОНИЯ И ФРАНКОФОНИ

Димитър Веселинов

БИТИЕТО НА ОБРАЗИТЕ

Йосиф Каменов

IN MEMORIAM

Elena Alekova

Книжка 1
LA LANGUE DANS L’OEIL ET LA PEAU

Tzvétiléna Krasteva

ЗАЕДНО ПРЕЗ ВЕКОВЕТЕ

Сабина Павлова

НОВ УЧЕБНИК ПО МЕТОДИКА НА ЧУЖДОЕЗИКОВОТО ОБУЧЕНИЕ

Иванка Мавродиева, Димитър Веселинов

2014 година
Книжка 6
БИЛИНГВИЗЪМ В УСЛОВИЯТА НА НАРУШЕН СЛУХ

Светослава Съева, Ангелина Бекярова

ТРАКИЙСКИЯТ ЕЗИК

Светлана Янакиева

ПЪРВОСТРОИТЕЛЯТ

Анна Ангелова

ПОМАГАЛО ЗА НОВИТЕ БУДИТЕЛИ ОТ КЛАСНАТА СТАЯ

Ана Клисарска, Константин Фиданчев

ДЕТАЛЬ МОЖЕТ СТАТЬ СИМВОЛОМ ЭПОХИ

Борис Тимофеевич Евсеев – поэт, прозаик, эссеист. Лауреат премии Правительства Российской Федера- ции в области культуры и премии «Ве- нец», Бунинской, Горьковской и многих других литературных премий. Получил музыкальное, литературное и жур- налистское образование. В советское время публиковался в Самиздате. Ав- тор 15 книг прозы. Переводился на английский, болгарский, голландский, испанский, итальянский, китайский, немецкий, эстонский, японский и др.

Книжка 5
MIGRATING MEMORIES

Irina Peryanova

Книжка 4
ЕЗИКЪТ – НАУКА И ПРАКТИКА

Павлина Стефанова

ВРЕМЕНАТА ОТЛИТАТ, НАПИСАНОТО ОСТАВА

Магдалена Караджункова

Книжка 3
ОЦЕНЯВАНЕТО ОТ РОДИТЕЛИТЕ – ВЪЗМОЖНОСТИ И ПРЕДИЗВИКАТЕЛСТВА

Галина Хитрова, Диана Миронова, Янка Банкова, Павлина Йовчева

Книжка 2
ПРЕВОДЪТ В ЕВРОПА

Ирена Кръстева

ОБЩОБАЛКАНСКИТЕ КОРЕНИ

Русана Бейлери

Книжка 1
ПАДНАЛИТЕ АНГЕЛИ

Мони Алмалех

ПРОФ. Д-Р БАГРЕЛИЯ БОРИСОВА СЪБЧЕВА (1955 – 2013)

Весела Белчева, Свилен Станчев

ПРОЕКТ НА НАЦИОНАЛНО ИЗДАТЕЛСТВО „АЗ БУКИ“ И ФОНД „РУССКИЙ МИР“

ПРОЕКТ НА НАЦИОНАЛНО ИЗДАТЕЛСТВО „АЗ БУКИ“ И ФОНД „РУССКИЙ МИР“

2013 година
Книжка 6
ИЗ ДЕБРИТЕ НА ПОРТУГАЛИСТИКАТА

Весела Чергова. (2012). Конюнктивният имперфект в съвременния пор-

МАТУРА ПО ФРЕНСКИ ЗА ОТЛИЧЕН

Ботева, С., Кръстева, Ж. & Железарова-Сариева, А. 100% успех. Матура по френски език. София: Просвета. 298 с. ISBN: 9789540126258

Книжка 5
ПОЛИТИЧЕСКАТА РЕЧ – МОДЕЛИ НА ПОВЕДЕНИЕ И КОМУНИКАЦИЯ

Владислав Миланов, Надежда Михайлова-Сталянова. (2012). Езикови портрети на български политици. Част първа. София: УИ „Свети Климент Охридски“. 230 с. ISBN 978-954-07-3323-4

ПРОЕКТ НАЦИОНАЛЬНОГО ИЗДАТЕЛЬСТВА „АЗ БУКИ“ И ФОНДА „РУССКИЙ МИР“

Идея проекта «Открытая линия» - популяризация современных тенденции, исследования и анализы ведущих ученых в сфере обучения русскому языку как иностранному, а также - обмен опыта между болгарскими учителями. Проект реализируется Национального издательства «Аз Буки» - часть Ми- нистерство образования и науки Болгарии, вместе с фондом «Русский мир». Сегодня – благодаря мастер-классов, у нас есть исключительная возможность познакомится с новейшими разработками ведущих ученых и мето

Книжка 4
ЧУЖДОЕЗИКОВО ОБУЧЕНИЕ МЕЖДУ ТРАДИЦИИ И ИНОВАЦИИ, МЕЖДУ ОБРАЗОВАТЕЛНА ТЕОРИЯ И УЧЕБНА ПРАКТИКА

Чуждоезиковото обучение в съвременната образователна парадигма – теория, практика, перспективи. Велико Търново: Ивис, 2011, 277 с.

Книжка 3
COMPOUND VERBS FROM А COGNITIVE AND SEMANTIC PERSPECTIVE

Bagasheva, Alexandra. (2012). Refl ections on Compound Verbs and Com-

ТЕАТРАЛЬНАЯ АТМОСФЕРА В КЛАССЕ

Тодорова, Румяна В. Димитрова, Розалина И

ПРАЗНИК В МОЕТО УЧИЛИЩЕ

Анаит Киркорова

Книжка 2
ЗА УЧИТЕЛЯ И ЧОВЕКА ЧУДОМИР – АНАЛИЗ НА ЗАПИСКИТЕ МУ ЗА ЕДНО ПЪТУВАНЕ В ТУРЦИЯ

Мевсим, Хюсеин. Пътуването на Чудомир в Турция (1932). Пловдив: „Жанет 45“, 2012, 200 с. ISBN 978-954-491-785-2 Милена Йорданова

ФУНДАМЕНТАЛНИЯТ ТРУД НА МАРИЯ КИТОВА- ВАСИЛЕВА „ЛЮБОВТА КЪМ СЛОВОТО. ЗА ИЗВОРИТЕ НА НАУКАТА ЗА ЕЗИКА“

Китова-Василева, Мария. Любовта към словото. За изворите на науката за езика (От древността до края на Ренесанса). София: Колибри, 2012, 492 с. ISBN: 978-954-529-982-7x

БИЛИНГВАЛНО ПРЕДУЧИЛИЩНО ОБУЧЕНИЕ

Peter Doyé. Lernen in zwei Sprachen. Deutsch im bilingualen Kindergarten. Hildesheim – Zürich – New York: Georg Olms Verlag AG, 2012, 110 S. ISBN 978-3-487-08870-9

Книжка 1
LES MOYENS SYNTAXIQUES DU RHEME EN RUSSE

Anna Khaldoyanidi, Mary-Annick Morel

ИЗУЧАВАНЕ НА ЕЗИЦИ ОТ ЗРЕЛОСТНИЦИТЕ – НАГЛАСИ, ОЦЕНКИ, ПЕРСПЕКТИВИ1)

Албена Чавдарова, Росица Пенкова, Николина Цветкова

ВСИЧКИ РАЗБИРАТ ОСТИН

Донка Мангачева

ТВОРЕЦЪТ КАТО МОРЕПЛАВАТЕЛ

Аспарух Аспарухов

2012 година
Книжка 6
НА УЧИТЕЛЯ – ЛИЧНО

90 ГОДИНИ ОТ РОЖДЕНИЕТО НА ПРОФЕСОР ЖАНА МОЛХОВА

ПРОФЕСОР НИКОЛАЙ МИХОВ НА 70 ГОДИНИ

Даниела Кожухарова Николай Николов Михов е роден на 30 април 1942 г. в семейството на индустриалец. През 1956 г. заминава за София, за да учи в гимназия. Изу- чава руски и френски език, към които добавя факултативните латински, немски и английски. Учи неуморно и до днес. Професор-полиглот, който по време на кандидатстудентските кампа- нии, докато проверява работите по френски език, по време на кратката си почивка попълва тестовете по немски и по испански език, показвай

ЕВРОПЕЙСКИ ДЕН НА ЕЗИЦИТЕ

Цветанка Панова

РЕТРОСПЕКТИВНА БИБЛИОГРАФИЯ RETROSPECTIVE BIBLIOGRAPHY

Преди 50 години Симеонов, Йосиф. Някои трудности при изучаване на френски език. С., Наука и изкуство, 1962, 84 с. Методика на обучението по френски език в средния курс на общообра- зователните училища: Учебник за учит. инст. за прогимназ. учители / Валерия Карабаджева. София: Народна просвета, (1962), 192 с. Нагледна граматика на немски език / Жана Николова-Гълъбова. Со- фия: Народна просвета, 1962, 243 с. : с табл., 2 л. табл. Българско-немски речник / Александър Дорич, Герда Минкова, Стефан

КНИГИ И ПЕРИОДИЧНИ ИЗДАНИЯ, ПОЛУЧЕНИ В РЕДАКЦИЯТА BOOKS AND PERIODICALS RECEIVED

Ботева, С., Ж. Кръстева, А. Железарова-Сариева. 100% успех. Матура по френски език. София, Просвета, 298 с. Легурска, П. Семантичен речник на типологичните характеристики на вторичното назоваване в руския и българския език. София, Изда- телство „Ето“, 2011, 312 с. Легурска, П. Съпоставителни лексикални анализи и основа за съпос- тавка. София, Издателство „Ето“, 2011, 228 с. Мавродиева, Ив. Политическа реторика в България: от митингите до онлайн социалните мрежи (1989–2011 г.). Автореферат н